Relation entre dents et cœur

Pourquoi faut-il des dents saines pour nos petits patients cardiaques ?

L’endocardite bactérienne (texte de vulgarisation préparé par le Dr. Philippe PEZARD à la demande de l’équipe du PVE de Phnom Penh - Cambodge)

 

L'endocardite bactérienne est une infection se développant à l’intérieur du cœur, le plus souvent au niveau des valves cardiaques. Cette affection relativement rare mais particulièrement grave se développe le plus souvent chez les sujets ayant déjà une anomalie cardiaque : malformation congénitale, surtout si elle n’a pas encore été opérée, ou atteinte valvulaire, typiquement quand celle ci est secondaire au rhumatisme articulaire aigu. 

La survenue d’une endocardite expose à diverses complications qui en font toute la gravité :

  • apparition de perforations valvulaires créant une fuite valvulaire massive et une insuffisance cardiaque,
  • apparition de végétations (amas constitués de fibrine et de bactéries), plus ou moins volumineuses et friables susceptibles de :
    • diminuer l’ouverture des valves et donc l’écoulement sanguin ;
    • bloquer les mouvements d’ouverture-fermeture des prothèses valvulaires artificielles ;
    • se détacher de la valve atteinte et suivre le courant sanguin pour emboliser différents organes, en particulier le cerveau. Au niveau cérébral, ces embols septiques peuvent être à l’origine d’accidents vasculaires cérébraux (par oblitération vasculaire) ou d’abcès cérébraux, tous responsables de séquelles sévères.

Le traitement en est long (plusieurs semaines d’antibiothérapie par voie intra-veineuse) et difficile (risque de résistance aux antibiotiques) et n’évite que très partiellement les complications évoquées ci-dessus. Une intervention chirurgicale est finalement très souvent nécessaire, pour tenter de réparer, ou remplacer, la valve infectée.

 

Le vrai traitement est donc PREVENTIF et consiste en l’éradication autant que possible des foyers infectieux initiaux. 

La plupart des endocardites sont secondaires à la dissémination sanguine de bactéries présentes dans les caries dentaires, rarement au cours de soins faits sans protection, le plus souvent de façon spontanée lors de la mastication. Chewing-gum et caries dentaires constituent ainsi un couple redoutable !

Cela explique l’attention très particulière que les médecins portent à l’état dentaire de leurs patients (en particulier les enfants) présentant une pathologie cardiaque. La règle classique est de préconiser des soins rapides devant toute suspicion de carie repérée par les parents et, de toute façon, un contrôle semestriel systématique par le dentiste. A titre de boutade, on peut écrire sans mentir que la plupart des «enfants cardiaques» doivent voir leur dentiste beaucoup plus souvent que leur cardiologue.

 

Aider les enfants cambodgiens porteurs d’une cardiopathie à acquérir une bonne hygiène bucco-dentaire, rendre accessible à cette population  des soins dentaires de base constituerait une action préventive de santé publique particulièrement rentable en raison de la disproportion existant entre le coût de cette action et celui (considérablement plus élevé et difficilement assumable) de la prise en charge des complications ou séquelles de cette «infection du cœur».


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